Playlist Paixao Hall #1

Paixao Hall partage sa première Playlist pour un vol aux nombreuses escales !

Embarquement : Playlist Paixao Hall #1 Pour oreilles averties. Los Angeles - São Paulo - Luanda 

1. So Danço Samba Joao Gilberto / Stan Getz
2. Vai Vadiar Multi Interprètes
3. Strike Up the Band Stan Getz / Chet Baker
4. Komba Buraka Som Sistema
5. Bossa Antigua Paul Desmond
6. Cama, Mesa, E Banho De Gato Samba orchestra
7. My funny Valentine Chet Baker / Gerry Mulligan 
8. Morena De Angola Clara Nunes
9. Blue In Green Miles Davis / Bill Evans
10. Serenata a Angola Paulo Flores

Jazz à Roland Garros

Pour sa nouvelle édition le Sunset hors les murs et la Fédération Française de Tennis présentent  le festival " Jazz à Roland Garros, spécial Italie ". De janvier à mai 2012, les meilleurs Jazzmen transalpins défieront sur le court, Roger Federer, Rafael Nadal, Andy Roddick et autres Gustaco Kuerten !

Aldo Romano
21/01 Aldo Romano Quartet "Tribute to Don Cherry" featuring Henri Texier (cb) / Fabrizio Bosso (tp) / Géraldine Laurent (sax). Hommage à l'oeuvre du multi-instrumentiste Don Cherry, missionnaire d'une musique sans frontières et d'une liberté excédant modes et étiquettes.

11/02 Daniel Humair (bat) / Rosario Giuliani (sax) / Mauro Carnago (cb) Le triptyque parfait qui combine sens du lyrisme, goût et rigueur de l'échange, appétit de nouvelles aventures entre tradition et modernité. 

02/03 Enrico Pieranunzi (p) / Scott Colley (cb) / Antonio Sanchez (bt) Un mythe vivant. Enrico Pieranunzi est probablement l'un des pianistes européens les plus originaux et les plus passionnants.

05/05 Giovanni Mirabassi "Adelante" (p) Biberonné de Monk et Chopin, sevré d'Enrico Pieranunzi et de Keith Jarett, Giovanni Mirabassi s'impose depuis une dizaine d'années.

Jazz à Roland Garros Sunset Sunside Jazz Club
Musée de la Fédération Française de Tennis
Stade Roland-Garros (Porte des Mousquetaires)
2, avenue Gordon-Bennett 75016 Paris



Seu Jorge ... "Votre Jorge" !


Simple chauffeur de bus de la zone ouest de Rio, Mané Galinha (Manu le tombeur) tombe de force dans l'enfer du trafic de drogue carioca en voulant se venger du viol de sa femme par l'incontrolable Zé pequeno,, maître du trafic de la favela. Ce rôle, incarné à merveille par Seu Jorge dans " A cidade de deus " n'est pas une totale fiction pour ce dernier, qui, à 10 ans, enchaînait les petits boulots à Rio où il côtoyait quotidiennement la violence des favelas.

Film glaçant de violence et d'humanité, " A cidade de deus " est devenu le phénomène incontournable du cinéma brésilien, auréolé d'une foule de récompenses. Non seulement, Seu Jorge est un excellent acteur dans le rôle de Mané Galinha, mais il a aussi composé la bande originale du film. Un de ses mélanges funk-samba déroutant, contraste de violence et de joie qui marque le film autant, voir plus, que les images.
                                                    
                                                  A cidade de Deus, bande annonce :



Jorge Mario da Silva de son vrai nom n'est pas un débutant. D'abord membre éminent de Farofa Carioca, groupe très populaire auprès des jeunes brésiliens dans les années 1990, il entame une carrière solo en 2001 avec l'album " Samba Esporte Fino " qui le propulse superstar au Brésil. En 2005, il sort le mélancolique " Cru " produit par Grindo da Parada, le concepteir des complis' Postonove de la Favela chic, Le club parisien do Brasil. Un an plus tard c'est l'immense succès de " é isso ai " en duo avec Ana Carolina. En 2007, c'est l'audacieux " América Brasil o Disco " Où samba et rock s'apprivoisent gaîment.

Le cinéma tient une place importante dans la vie du carioca. Initié très tôt au théâtre, il rencontre le clarinettiste Paulo Moura qui lui permet de participer à plus de vingt représentations au théâte de l'Université de Rio de Janiero en tant qu'acteur et chanteur. Il joue aussi dans de nombreux films comme " A vida aquatica " où il interprète Pelé Dos Santos, un chanteur fou qui reprend des classiques de David Bowie en portugais. 

Après s'être entouré du tio Almaz en 2010, Seu Jorge revient en solo avec quatrième opus "  Musicas para Churrasco ", c'est un moment de convivialité où tout le monde se retrouve , du plus intimiste " Quem nao Quer Sou Eu " au plus festif " Olê Olê ". Le talent de Seu séduit à tous les niveaux. David Bowie, réfractaire à l'utlisation de ses chansons pour la bande annonce de " A vida aquatica ", chavire puis rencontre le jeune carioca. Insolent ce Seu. Impossible de coller une étiquette à cet ovni de la musique brésilienne. Il passe du théâtre au cinéma et à la chanson avec brio. Il faut dire que chez lui, le talent, c'est de famille. Son cousin n'est nul autre que le sambiste Dudu Nobre.

Auteur, compositeur, interprète, acteur, le " Ben harper brésilien " comme certain le surnomme, n'est plus un débutant. Il se révèle de plus en plus prometteur, les deux prochains volumes de " Musicas para Churrasco " sont attendus avec impatience...


                                                    "A Doida", Musicas para Churrasco



Voir : Site officiel du film Cidade De Deus
Ecouter : Discographie Deezer de Seu Jorge


Par C. Pestana

Sonny Rollins, la classe à l'américaine


Barack Obama applaudit des deux mains, tout les regards se tournent vers Sonny Rollins. La scène pourrait sembler presque anodine si elle ne se déroulait pas dans la grande salle de concert du John F. Kennedy Memorial Center for the Performaing Arts de Washington. Ce soir de décembre, le glorieux édifice, dessiné par le moderniste Edward Durell Stone, accueille le gotha américain pour rendre hommage aux artistes qui ont contribué à la richesse culturelle des Etats Unis.

Cheveux blanc soigneusement peignés en arrière, barbe finement taillée, noeud papillon et lunettes de soleil, le jazzman a la voix feutrée jubile. A ses côtés, la chanteuse de Brodway Barbara Cook, le crooner Neil Diamond, le violoncelliste Yo-Yo Ma et l'actrice aux deux Oscars Meryl Streep acquiescent respectueusement.  Au premier rang, Michèle Obama se dresse pleine d'admiration. Ravi Coltrane, le fils du saxophoniste ténor John Coltrane a fait le déplacement. Non loin, le couple Clinton salue la performance. Le vieux sage impressionnait déjà les amateurs passionnés, par sa carrière rarement égalée dans l'histoire du Jazz, autant que pour sa qualité de jeux, son don mélodique et ses talents d'improvisateurs. A plus de 81 ans, il force le respect de l'Amérique entière.


L’éloge est amplement méritée. Si Sonny Rollins a pour principal mérite d'être l'un des rares survivants de la grande époque du Jazz, il n'en est pas moins l'un de ses rois majestueux. Sonny le colosse, Rollins l'increvable. Depuis l'année 1956 et son terrible Saxophone Colossus, le saxophoniste ténor n'a jamais cessé d'explorer les champs musicaux et de porter jusqu'à l’apothéose ses qualités d'instrumentistes. Disciple de Thelonious Monk et admirateur de Charlie Parker, le gamin de la Grosse Pomme grandit non loin des temples de la musique noire new-yorkaise que sont Le Savoy et l'Apollo. Il fait aujourd'hui figure de maître incontesté et de grand prophète de l'ère post-bebop. Sonny Rollins a traversé plus d'un demi-siècle de musique, bravé toutes les modes, survécu à Stan Getz et frôlé la mort à l'âge de 71 ans, s'échappant de justesse de son appartement, voisin du World Trade Center, un certain 11 septembre 2001, avec seulement son saxophone ténor à la main. Alors oui, l'inépuisable Jazzman méritait bien une récompense de plus à entreposer aux côtés du Down Beat Jazz Hall of Fame de 1973 ou du National Endowment for the Arts de 1983, près de son Polar Music Prise de 2007. 


L'actuel Président des Etats-Unis a consacré l'ultime Pape du Jazz, saluant "l'un des plus grands improvisateurs de l'histoire du jazz". Barack Obama s'est déclaré stupéfait par le souffle de Sonny Rollins et sa capacité à produire de longs solos sans répétition et sans jamais la moindre défaillance. Définitivement, qu'il s'agisse de Bill Clinton, enflammé au saxophone ténor, ou de Barack Obama, décorant les grands maîtres de la Culture américaine, force est de constater que les Présidents américains ont, par leurs penchants attendrissant pour le Jazz, une classe certaine.   


Par Mathieu Beaufrère 


Paul Motian RIP

" DRUMMER MOTION "

Paul Motian (1931-2011)

Mardi 22 novembre 2011, très tôt dans la matinée, Paul Motian s'est éteint à l'âge de 80 ansL'annonce de sa mort par la peintre Carole d'Inverno a suscité d'importantes réactions de tous ceux qui l'avaient côtoyé et admiré. Le batteur-percussionniste faisait figure de géant artistique depuis plus d'un demi siècle. Avec la disparition de ce jazzman légendaire, c'est tout un pan de la musique qui s’effondre devant nos yeux.

A l'aube des années 1950, Paul Motian est un jeune batteur d'origine arménienne qui cherche encore sa voie. Il fréquente assidûment le pianiste de be bop George Wallington et le réalisateur Jerry Wald chez qui  il rencontre un certain Bill Evans. Entre les deux hommes, l'osmose est immédiate. Ils ont tous les deux la vingtaine, finissent leurs services militaires et écument les clubs de New York avec l'espoir secret de percer dans le milieu très florissant des musiciens de jazz. Ensemble, ils admirent Bud Powell, Charlie Parker, Dizzy Gillespie, Nat Kong Cole et Max Roach et croquent la Grosse Pomme à pleine dents. 

En 1959, Bill Evans forme un trio régulier apte à servir de laboratoire musical pour ses conceptions prometteuses. Naturellement, Paul Motian tiendra la batterie, la contrebasse est dévolue à Scott LaFaro qui a déjà une solide expérience pour avoir joué dans le quintet de Chet Baker entre 1956 et 1957. Avec Portrait in Jazz (1959), Explorations (1961) puis Waltz for Debby et  Sunday at the Village Vanguard (1961), le trio prend une tournure que personne n'aurait pu prévoir et ouvre grand les portes du jazz moderne. La perfection est atteinte, sublime mais cruellement brève. Seulement dix jours après l'enregistrement au Village Vanguard, Scott LaFaro trouve la mort au volant de sa voiture. Chuck Israels puis Gary Peacock, bien que n'étant pas de piètres contrebassistes, ne parviennent pas à remplacer l'ami perdu. La magie du Trio eut été éphémère. Bill plonge la tête la première dans la cocaïne tandis que Paul poursuit sa route. Il est alors un des batteurs  de jazz les plus en vue de sa génération.

Motian-Evans-LaFaro

Après avoir décliné une proposition de John Coltrane, le batteur joue avec Paul Bley et la nouvelle génération de musiciens, apôtres du free jazz en tête : Albert Ayler, Don Cherry et Pharoah Sanders. A partir 1970 Paul Motian ne se refuse plus rien et  enregistre la bande-son de Punishment Park, le long métrage réalisé par Peter Watkins, puis participe à l'enregistrement du mythique opéra Jazz Escalator Over The Hill. Sans cesse en alerte, toujours en questionnement, Paul Motian devient le batteur régulier du trio de Keith Jarrett en 1974 avant de s'illustrer comme soliste chez ECM avec l'album It Should've Happened A Long Time Ago (1984), en compagnie de Bill Frisell et Joe Lovano. A la fin des années 1990, atteint d'une maladie de la moelle osseuse, il fonde le Trio 2000 + 1 avec comme membres réguliers Chris Potter au saxophone et Larry Grenadier à la contrebasse.

On savait l'homme malade et affaibli mais cela ne l’empêchait en rien de perfectionner son art. Cloîtré à New York et bien que rongé par la maladie, Paul Motian a accueilli jusqu'à la fin les  plus grands musiciens en quête de savoir. Paul Motian était bien plus qu'un simple batteur de jazz. Son jeu de balais était reconnaissable entre tous tant la délicatesse de son touché cajolait nos oreilles. Sous ses mains expertes, les baguettes devenaient des pinceaux traçant couleurs et ambiances langoureuses. Peu bavard, celui qui préférait s'exprimer à la lueur de sa sensibilité artistique était un poète de la musique.  


Par Mathieu Beaufrère

Victoires du Jazz 2011

La neuvième édition des Victoires du Jazz nous a fait vibrer ! Filmée fin septembre sous les étoiles du Théâtre de Verdure de Nice, la version New Look des Victoires du Jazz 2011 fut diffusée samedi 12 novembre à minuit sur France 3. Elle prit la forme d'un documentaire-captation de deux heures, au plus près du live et des musiciens, au plus près du jazz et de ceux qui le jouent. La cérémonie, la seule au monde retransmise sur un média national, offrit l'occasion aux interprètes de s'exprimer, instrument à l'étui, grâce à une série de portraits et d'interviews saisissants. Pour la neuvième édition des Victoires du Jazz, Jean-Jacques Milteau, son président, a pris le pari de la proximité, au risque du saucissonnage intempestif, là ou les anciennes versions ensevelissaient les artistes sous des tonnes protocolaires, résurgences d'une époque désormais bien révolue. 


Victoire d'Honneur : André Ceccarelli 
Révélation Instrumentale (Prix Frank Ténot) : Anne Paceo Triphase 
Artiste ou Formation Instrumental(e) : Jean-Philippe Viret Trio
Album International de production française : Tigran pour "A Fable"
Artiste ou Formation Vocal(e) : David Linx & Maria Joao
Album International : Eric Lignini & The Afro Jazz Beat pour "The vox"

O FREVO !




Un orchestre de cuivres et de percussions joue frénétiquement dans la rue, au milieu d'une foule enjouée, sous un soleil de plomb. Non, nous ne sommes pas dans le sud-ouest de la France mais dans la région de Pernambouco, située dans le "Nordeste" brésilien. Si la musique typique du carnaval de Recife ne vous dépayse pas aux premiers abords, patientez quelques instants pour entendre les rythmes tropicaux des caisses claires et jetez un coup d'oeil du côté des danseurs ...

La danse "frevo", née de la fusion entre la capoeira et les orchestres de frevo à la fin du XIXéme siécle, mérite d'être vue, revue, et surtout admirée. Dérivé du mot "ferver" en portugais,"Bouillir", on danse le frevo comme si le "sol nous brûlait les pieds". Bien loin de nos majorettes nationales, ces danseurs enchaînent acrobaties et pas de danse très techniques nécessitant une forme olympique, le tout sur un rythme effrainé. Une vrai performance.

On ne peut parler de frevo sans évoquer la "sombrinha" aux couleurs traditionnelles dont se servent les danseurs. Ce petit parasol est l'héritage des années trente, lorsque la capoeira était interdite, car jugée trop violente, les capoeiristes, persécutés, s'en servaient alors, comme arme de défense ou d'attaque. Aujourd'hui, d'un usage purement pacifique, la "sombrinha", plus petite est devenue le symbole du frevo, cette danse définitivement fraîche et pétillante.

Paulo Fernando, vrai prodige du frevo...



Le frevo en tant que genre musical a beaucoup évolué depuis ses débuts, à la base seulement instrumental et fait pour exprimer l'allégresse du carnaval, il connait aujourd'hui diverse forme:  frevo de rua, frevo cançao, frevo de bloco...

Le lancement du label "Rozenbit" fit les beaux jours du frevo dans les années 50 avec la diffusion à la radio de la musique de Capiba, Nelson Ferreira, et surtout du chanteur Claudionor Germano, icône du de la musique de Pernambouco. Aujourd'hui, le groupe incontournable de frevo, est incontestablement "Spokfrevo Orquestra", les maitres du genre, qui enflamment les festivals de jazz du monde entier et suscitent l'admiration des plus grands. Ce groupe né à Recife en 2003 n'a pas fini de surprendre ses très nombreux fan et d'en séduire de nouveaux car il n'est pas difficile de se laisser emporter par son énergie contagieuse, typiquement brésilienne. "Personne ne peut jouer après le SpokFrevo" prétend un musicien de Wynton Marsalis" ou alors il faut surenchérir dans le même registre. Et ça, personne ne peut le faire non plus."


"Vassourinhas", tube du frevo, par Spok Frevo Orquestra"


Par C.Pestana

Etats Généraux du Jazz en France

Cet été, artistes, programmateurs, critiques, spécialistes en tout genre et autres amateurs passionnés de jazz avaient tiré un coup de semonce au près du Ministère de la Culture. Ensemble, ils réclamaient, au travers d'une pétition dont nous nous fîmes l'écho, la tenue d'Etats Généraux du Jazz en France afin de permettre à tous les acteurs de la filière, de "redéfinir les politiques à mettre en place pour assurer la survie d'un secteur musical qui fait partie intégrante de notre paysage culturel mais qui risque fort de s'appauvrir jusqu'à disparaître si rien n'est fait en sa faveur". Avec un bon sens certain, Frédéric Mitterrand n'aura pas fait la sourde oreille. Après avoir rencontré les pianistes Pierre de Bethmann et Laurent Coq, ainsi que le journaliste et spécialiste du jazz Alex Dutilh, le ministre de la Culture annonça la mise en oeuvre d'un groupe de travail sur la situation du jazz en France, piloté par la direction générale de la création artistique du ministère. De son côté, la Sacem, qui gère les droits des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique, c'est engagée à mettre en place un nouveau statut en faveur des improvisateurs de jazz.

" Caldeirao verde" . . . Archipel de Madère




"Le chaudron vert". . . par C. Pestana

Rebondissement au CIM

Ubuesque. Nous vous en parlions la semaine dernière, la célèbre école le CIM avait jusqu’au 13 octobre 2011 au matin pour rendre les clefs de ses locaux situés, depuis 33 ans, au 83bis rue Doudeauville. C'est désormais chose faite. Les 50 professeurs et 200 élèves du CIM ont plié bagages, la larme à l'oeil sans doute. Ils n'ont pourtant eu qu'à franchir le couloir afin d'atterrir au 83 rue Doudeauville. Établissement voisin du 83bis, ce dernier appartient au Cedec - centre d'expression, de développement et d'épanouissement culturel. Ainsi dans son malheur le CIM aura eu la chance d'avoir pour directeur Michel Valera, également responsable  du Cedec. Réjouissons nous, quelques secondes seulement ! Ombre au tableau, sans compter le fait que le Cedec ne bénéficie pas des infrastructures nécessaires à l'arrivée d'une école de grande renommée, l'établissement voisin est lui aussi menacé d'expulsion, d'ici 4 à 5 ans. Un nouveau vœu, voté à l’unanimité lors du dernier conseil d’arrondissement du 18e, doit être soumis au conseil de Paris, qui s’ouvre le lundi 17 octobre 2011. En attendant, nos artistes en herbes pourront, par le coin d'une porte entrouverte, admirer les salles vides et inoccupés de leur ancienne école vaillamment gardées par de farouches vigiles.

Ornette Coleman


ORNETTE COLEMAN 
« Let's play the music, not the background » 

Provocateur timide, objet de toutes les polémiques et moqueries. Instrumentiste talentueux pour les uns, charlatan pour les autres. Ornette Coleman est avant tout un profond admirateur du  saxophoniste Charlie Parker dont il a voulu dynamiter le style. Compositeur de génie, son influence a ouvert grand les portes du jazz. Une musique qui désormais ne connaît plus aucunes frontières.

L'histoire débute entre le Texas et la Californie. Jeune homme, Ornette Coleman travaille comme liftier dans un luxueux hôtel de Los Angeles et étudie la musique en autodidacte. Ses premières publications discographiques, Something else ! The Music Of Ornette Coleman en 1958 & Tomorrow is the question en 1959, se heurtent à de vives critiques de la part de ses pairs qui tentent de justifier le "brouhaha" s'échappant de ces disques par un cruel manque de technique instrumentale. Petit florilège de ces douces amabilités : "Une bonne dactylo en ferait autant avec un saxophonesigné par le trompettiste Benny Bailey ou encore "C'est une honte d'avoir à parler d'Ornette Coleman... Un fou totalement dépourvu de génie" dixit le saxophoniste Guy Lafitte. Habilement, le fou en question réplique par la provocation et adopte un saxophone alto en plastique. Jouer jusqu'au bout.

Non content de rompre, en apparence  seulement, avec les années Be-Bop, le trublion choque les biens pensants et autres bigots du Jazz, Hugues Panassié célèbre critique et producteur en tête, avec The Shape of Jazz To Come et This is our music. Le concert Free Jazz A collective Improvisation de 1960 réuni deux quartets improvisant simultanément ! Aux manettes les frémissants : Don Cherry, Scott LaFaro, Billy Higgins, Eric Dolphy, Freddie Hubbard, Charlie Haden, Ed Blackwell. De nombreux étudiants se rendent au concert pensant que celui ci est gratuit (Free Music). On est un peu naïf a vingt ans. Derrière le principe, deux quartets jouent chacun sur un canal stéréo différent, la révolution est immense. Les musiciens entrent en totale communion. Les indications sont approximatives, parfois inexistantes. L'imagination et la sensibilité s'émancipent.

Free Jazz A Collective Improvisation sonne comme un véritable manifeste sans que son auteur puisse en mesurer l'ampleur. Le mouvement Free Jazz est lancé. Il fait l'effet d'une bombe dans l’Amérique revendicatrice des sixties ! Quelque part entre Martin Luther King et Malcom X, Ornette se voit propulsé chef de file d'une avant garde musicale prête à en découdre. Le théoricien de la musique libre ne pouvait rêver meilleure scène. L'année 1966, le New York Times couronne Ornette Coleman "Jazzman of the year". Quelques années après, il développe le concept de l'harmolodie ( toutes tentatives d'ouvrir un dictionnaire lambda seraient vaines ) en associant l'harmonique, la rythmique et la mélodie sur un même pied d'égalité. Écoutez Skies of America avec le London Symphony Orchestra.  Le saxophoniste est décidé à aller encore plus loin. 


Fort de ses pérégrinations africaines, Ornette coleman prend conscience du rôle majeur de la dimension physique dans l'expérience musicale. Il fonde le groupe Prime Time et rassemble autour de lui une paire de guitaristes, une de bassistes et une de percussionnistes. En 1984 il est récompensé en qualité de Jazz Master par le très prestigieux National Endowment for the Arts ( la plus haute récompense de la nation américaine). Toujours prolifique, le maître plonge la tête la première dans la musique funk avant d'explorer les profondeurs du blues agrémentées des nouvelles influences rap, hip-hop et électronique avec notamment Song X en 1986. Raillé par toute une profession,  longtemps boudé du public, Ornette Coleman aura tenu bon et gravi une à une les marches de la reconnaissance et du succès. En 2010, le dynamiteur paisible âgé de quatre-vingts ans, témoin  du paradoxe irrésolu de son oeuvre et de sa vie, a reçu un doctorat honorifique de l'université du Michigan des mains du président Barack Obama. Mission accomplie Ornette ?

Découvrir : Ornette Coleman le Site Officiel
Ecouter : Deezer Discographie de Ornette Coleman
Lire : Free Jazz-Black Power de Philippe Carles et Jean Louis Commoli

Par M.Beaufrère

Ivete e Gilberto !


Ivete Sangalo & Gilberto Gil
Deux monstres de la musique populaire brésilienne réunis:
une bouffée de chaleur et de joie de vivre !


Danger d'expulsion pour le CIM

Urgence. Installé rue Doudeauville dans le 18ème arrondissement de Paris, le CIM, première école de jazz créée en France, forme les jazzmen de demain depuis 1976. Aujourd'hui menacé par un projet immobilier, la prestigieuse structure musicale est sommée de fermer boutique et de plier bagage saxophones et batteries sous le bras. 50 personnes risquent de perdre leur emploi. 200 élèves vont se retrouver à la porte. Explication de texte : en 2004, la Régie immobilière de la Ville de Paris, avec la Caisse des dépôts, a racheté l'îlot dans lequel sont situés les locaux de l'école. Depuis, une procédure d'éviction a été engagée et vient de s'achever, fixant l’indemnité à 240 000 €. De l'argent donc, mais toujours pas de lieu pour poursuivre l'enseignement. A partir d'octobre, le CIM devra verser 2400€ par jour d'occupation. Bertrand Delanoë et la Mairie de Paris se sont engagés à redonner des locaux à cette institution historique sans qu'une solution soit actée. Matthieu Chedid, Angélique Kidjo ou encore Youn Sun Nah sont passés par le CIM. 

A "diva descalça"



A 70 ans, Cesaria Evora met fin à sa carrière :"En fait, j'arrête tout. Je n'ai pas de force, pas d'énergie. Je veux que vous disiez à mes fans : excusez-moi, mais maintenant, je dois me reposer", regrettait-elle, il y a quelques semaines, face à Véronique Mortaigne, journaliste au Monde.


La chanteuse cap-verdienne qui, depuis le début de sa carrière internationale en 1991, porte fièrement les couleurs de son pays, était à Paris le 30 avril 2011. Les chanceux présents au Grand Rex (dont j'ai eu le bonheur de faire partie) avaient eu la surprise de voir l'excellent Bonga, roi de la musique angolaise, entrer sur scène pour interpréter, au côté de Cesaria, "sodade", La chanson mythique. Deux géants de la musique du monde réunis pour un duo "lusafricain" qui nous rappellent que la musique, c'est aussi, et surtout, des frissons...


"Ceux qui sont partis à l'extérieur, ils l'ont fait pour tenter de trouver les moyens de mieux vivre. Mais ils gardent toujours la nostalgie de leur île. Lorsque je les rencontre au cours de mes tournées, ils me parlent sans arrêt du Cap-Vert". Voilà ce qui illustre la célébrissime chanson "sodade" de Cesaria Evora, un vrai "tube" de la musique world dont on ne se lasse pas, jamais. Parce que dés les premières notes, elle nous enveloppe d'une douce nostalgie (sodade) exotique, elle mérite d'être écoutée et réécoutée. Fermons les yeux...nous y sommes. 


Par C.Pestana

Dictionnaire du Jazz 2011


Le nouveau Dictionnaire du Jazz verra le jour le 3 novembre prochain. Philippe Carles, Jean-Louis Comolli (auteurs de Free jazz, Blacks power, éd. Folio, Gallimard 2000) et André Clergeat seront à la tête de cet incroyable puits de connaissances. L'ouvrage regroupera 2800 contributions provenant des meilleurs spécialistes français et internationaux. Le jazz entier passera sous leurs plumes aguerries. Rien ne devrait échapper à la cohorte de jazzmen.

Concha Buika



Il y a dans la vie ces parcours qui semblent tout tracés et que rien ne peut arrêter. Celui de la chanteuse espagnole, d'origine équato-guinéenne en fait parti. Née dans la pauvreté, entre deux révolutions, à la croisée de la culture africaine, du flamenco et du Jazz, Concha Buika impose aujourd'hui tout son talent.

En 1972, le dictateur  Francisco Macias Nguema se proclame président à vie, premier ministre, ministre de la justice et des Finances de la Guinée équatoriale, ancienne colonie espagnol d'Afrique. De nombreux dissident quittent le pays. Le père de Concha Buika est parmi eux. Mathématicien et écrivain farouchement opposé au régime absolutiste, il s’exile à Palma de Majorque aux îles Baléares. Cette même année, Concha née entourée de ses nombreux frères et soeurs dans le quartier le plus pauvre de Palma, le Barrio Chino. Ici se côtoient tant bien que mal prostituées, toxicomanes et artistiques en tout genre fuyant la répression  franquiste. Devant un décor de misère, bien avant que les touristes allemands colonisent les îles Baléares, les plus grands poètes espagnoles, qui se cachent dans les vieux quartiers déshérités, écrivent leurs plus beaux chefs d'oeuvres pour les guitares et les chants gitans.

Après avoir très tôt appris que l'on pouvait survivre n'importe où, Concha Buika quitte sa famille et part chercher du travail à Londres. La fille des quartiers pauvres n'a pas d'argent en poche et ne parle même pas anglais. Du nettoyage des bureaux et des cafés, aux chants de mariages, tout est bon pour gagner sa vie. La future chanteuse obtient un emploi en tant que hôtesse dans un service de téléphone érotique. Le boulot est simple, simuler l'orgasme au téléphone, en chausson et survêtement, s'en jamais quitter des yeux sa série télévisée préférée. Avec ce travail elle se paye sa première guitare et commence à rêver à l'écoute des disques du guitariste de jazz Pat Metheny. De retour à Palma de Majorque Concha Buika commence à jouer avec de petits groupes locaux et transpose naturellement sa culture africaine avec les rythmes envoûtant du flamenco. Aujourd'hui elle l'affirme : "le flamenco appartient à quiconque veut le ressentir et le vivre". Née sous une bonne étoile, la jeune chanteuse se fait remarquer dans les lieux nocturnes de l'île et signe un contrat pour Las Vegas grâce à sa ressemblance, tant vocale que physique, avec la diva Tina Turner !


Dotée d'une voix exceptionnelle, durant dix années la chanteuse va se perfectionner auprès des bandes originales de film et du pianiste jacob Sureda, avant de publier son premier album Buika en 2005. Mi Nina Lola, hommage à sa grand mère africaine, le succède très rapidement et est couronné de succès. Très bien entourée, la voix de Concha Buika est sublimée avec poésie et radicalité. L'album disque d'or en Espagne remporte le Latin Grammy Awards.


Le succès est tonitruant. En 2008, sort Nina de FuegoLa chanson populaire des années 1930 de Concha Piquer et de Charles Aznavour est remise au goût du jour, ainsi que la colpa, musique folklorique espagnol très répandu en Amérique latine. Puis après une tournée mondiale et une réussite éclatante, Concha Buika fait une fois encore sensation avec un hommage au célèbre chanteur mexicain Chavela Vargas et au pianiste cubain Bedo Valdes, enregistré en live à cuba avec le quartet de Chucho Valdes.




Le réalisateur Pedro Almodovar a misé sur la voix envoûtante de Concha Buika pour une sublime reprise de Petite Fleurede Sydney Bechet, dans son nouveau chef d'oeuvre, La piel que habito. Preuve d'une reconnaissance accrue de la part du monde artistique pour la chanteuse.


Ecouter : Deezer Concha Buika & Jacob Sureda


Par Mathieu Beaufrère

Mario Canonge


Il y eu le temps des grands maîtres Marius Cultier, dont l'apport à la culture antillaise demeure immense, et Alain Jean-Marie, qui accompagna les plus grands jazzmen de Chet Baker à Max Roach, puis vint celui de leurs émules... sans conteste le pianiste virtuose Mario Canonge est le premier d'entre eux !

C'est sur le vieux piano de sa grand mère, chez laquelle il vit, que Mario Canonge débute tardivement l'apprentissage de la musique avant d'accompagner la chorale dominicale d'une petite commune du sud de la Martinique. Le piano occupe alors une place prédominante et toute la famille joue de la musique. Plutôt doué, à 19 ans le jeune homme quitte son île destination la métropole afin d'étudier la musicologie. Les tabourets de bar remplacent rapidement les bancs de la faculté. Le pianiste enchaîne les petits groupes de musiques antillaise, jazz-salsa et jazz-rock. Déjà l’éclectisme est de rigueur. La vingtaine se passe paisiblement lorsque le jeune martiniquais rencontre un autre prodige de sa génération, le guitariste Nguyên Lê. Ce qui semblait n'être que les aventures dilettantes d'un gamin des îles, perdue dans la capitale, apparaît à lauré des années 1990 comme la naissance d'un virtuose accomplie. Dans la foulée, et l'air de rien, Mario remporte le premier prix de piano du festival Jazz à la Défense.


Après de riches collaborations, notamment avec la chanteuse Nicole Croisille, et un retour aux antilles avec le Grand Méchant Zouk, qui réunit tout les grands noms du zouk (Tanya Saint-Val, Dédé St Prix, Marie-Josée Alie, Jacob Desvarieux) le pianiste se lance en solo. Enregistré en seulement trois jours, l'album Retour aux sources remporte la reconnaissance de la profession et un certain succès commercial avec plus de 15.000 exemplaires vendus. Entre 1992 et 1993, le jeune martiniquais fait des merveilles et joue sur plus de 300 scènes européennes et caribéennes.


A la croisée des chemins, Mario Canonge va trouver la clé de son art dans la fusion et le mélange des styles ! Dès lors, la richesse et la diversité des albums du pianiste ouvre grand le champs des collaborations et des combinaisons musicales. Ses albums bien nommés Trait d'union et Arôme caraïbes, explorent les racines martiniquaises et révèlent les plus belles sonorités antillaises à la fois sensuelles et festives. La mazurka, la biguine et le zouk sont fraîchement remis au goût du jour par le talentueux pianiste. Tandis que, avant la publication de Rhizome son album purement jazz pour lequel il s'entoure du saxophoniste Jacques Schwarz-Bart et du trompettiste Roy Hargrove, Mario mêle avec passion jazz, reggae, boléro et zouk dans Chawa. Aux côtés du crooner martiniquais Ralph Thamar, icone de la musique caribéenne, le pianiste se sent pousser des ailes. En 1994 ils enregistrent ensemble un album hommage à Marius Cultier, le maître de la culture antillaise. Le 5 mars un récital est organisé au New Morning et une grande tournée est programmée pour l'été 1995. Les sonorités aux couleurs antillaises du piano s’entremêlent avec les les chansons sucrés de Ralph Thamar comme par magie.



Toujours à cheval entre musique caribéenne et jazz, écumant inlassablement les plus grands festivals, Mario Canonge ne renie rien de ses racines et dédie avec talent et générosité tout son art à des musiques plus proches qu'on ne pourrait le croire !


Ecouter : Deezer Discographie de Mario Canonge
Découvrir : Site Officiel de Mario Canonge

Par Mathieu Beaufrère

Chico Buarque - Essa Moça Tá Diferente


Mais le temps fuit
Mais le temps revient
Elle me détruit
Mais qu'est-ce que ça fait
Que pour moi elle n'ait que du dépit
Qu'elle n'ait que du dédain

Jacques Schwarz-Bart

Qui aurait pu prévoir que Jacques Schwarz-Bart, promis à une brillante carrière politique, commence sur le tard une épopée musicale et s'impose en seulement quelques années comme l'un des jazzman les plus talentueux de sa génération ?



Née en Guadeloupe dans Les Abymes, Jacques Schwarz-Bart découvre très  tôt le Gwoka, musique traditionnelle de l'île ou l'entrelacement des rythmes joués par des tambours a valeur de trésor. Il grandit dans l'univers riche et métissé de ses parents qui se rencontrent à Paris à la fin des années 1950. André Schwarz-Bart termine son livre Le Dernier des Justes (Prix Goncourt 1959) avant d'initier Simone, sa future femme, à l'écriture, décelant en elle le talent d'un grand écrivain.
Les signes étaient avant-coureurs... 

Adolescent, le jeune homme se nourrit d'influences très diverses, de Stevie Wonder à Fela Kuti en passant par John Coltrane, Charlie Parker et Django Reinhardt. En parallèle, il s'applique à rendre une copie idéale. bachelier à 16 ans, Jacques intègre la faculté de Droit Panthéon Assas et sort diplômé de l'Institut d'Etude Politique de Paris. Attaché parlementaire au Sénat, il achète son premier saxophone et sans crier gare plaque tout pour entreprendre son cheminement artistique personnel ! En 1994 il ressort diplômé du très célèbre Berklee College of Music de Boston, qui a la réputation d'être la meilleure école de musique moderne au monde. Jacques Schwarz-Bart, qui ne se refuse rien, vient compléter la liste des élèves prestigieux après Miles Davis, Joey Kramer, Keith Jarrett, Brad Whitford & Quincy Jones. Le jeune saxophoniste est alors une étoile qui monte dont l'étendue artistique demeure insoupçonnable. Sans hésiter un instant, Jacques se rend à New York et s'impose dans une Jam Session face à Roy Hargrove ! Séduit, ce dernier engage le guadeloupéen qui composera le célèbre Forget Regret pour son RH Factor. Au coeur de cette aventure Jacques joue en compagnie de Chucho Valdés à Jazz in Marciac et au Village Vanguard. 


Après de très nombreuses collaborations, "Brother Jacques", comme le surnomment désormais les plus grands, développe ses propres projets et puise dans ses racines, dans ses influences et dans sa culture. Le coup d’essai prend forme avec Inspiration, enregistré en février 2003 à New York. Le coup de maître arrive sans tarder, avec la publication chez Universal de Soné Ka La. Après Un Plat de porcs aux bananes verts, le chef d'oeuvre de la littérature antillaise écrit à quatre mains par ses parents, Jacques Schwarz-
Bart magnifie à son tour ses racines guadeloupéennes. Dans cet album, le saxophoniste revendique sa part de négritude et assemble jazz moderne & gwo-ka sans  omettre les rythmes funky de la caraïbe et le groove new yorkais avec une sensibilité et une efficacité époustouflante ! Jacques Schwarz-Bart aura pris son temps mais à plus de quarante ans il joue dans la cour des grands. 


Se succèdent alors Abyss en 2008, hommage sombre et renversant à son père disparu deux ans plus tôt et Rise Above en 2010. Papa à son tour, Jacques a su trouver dans la voix de sa compagne Stéphanie Mckay un point d'orgue à son oeuvre, sans jamais renier ses racines. Le saxophoniste qui n'en est pourtant pas à sa première collaboration vocale, pour avoir accompagné la chanteuse Erykah Badu, le chanteur Jacob Desvarieux ainsi que la star des caraïbes Admiral T, atteint avec Rise Above un jeux de velours toujours en fusionnant les styles avec passion et talent ! La rappeuse Me'shell Ndegeocello est encore celle qui parle le mieux du prodigieux saxophoniste... « Les sonorités de Jacques me rappellent les cerisiers en fleurs – ses mélodies sont comme des fleurs belles et parfumées, tandis que son groove établit une solide fondation, semblable aux racines profondes d’un tronc d’arbre. Très peu de saxophonistes ont cet équilibre de pure expression et de funk. » Modestement, au terme d'un parcours passionné, avec une sensibilité et une maîtrise artistique surprenante, Jacques Schwarz-Bart n'a donc pas fini de nous émerveiller. 


Ecouter : Deezer Discographie Jacques Schwarz-Bart
Découvrir : Myspace Jacques Schwarz-Bart


Par Mathieu Beaufrère

The Sesjun Radio Shows


Les années 70' marquent un tournant dans l'espace musical post "flower power". Entre Jazz fusion et Punk. Au début de la décennie, Janis Joplin meurt deux semaines après Jimi Hendrix (tout deux à 27 ans) devant un Elvis dépérissant. Led Zeppelin, Pink Floyd et Magma jouent leurs premières notes. Bill Evans lui erre difficilement au bon vouloir des maisons de disques, à l'image de Verve qui tente le "coup" avec un duo vedettes Evans/Getz. 


Bill se remet difficilement de la mort de son ami Scott LaFaro décédé dix jours après les exceptionnels enregistrements de Waltz for Debby & Sunday at the Village Vanguard (25 juin 1961)..Toujours en trio, entre 1969 & 1975, Bill Evans joue essentiellement avec le contrebassiste porto ricain Eddie Gomez et le batteur Marty Morell. Si l'ensemble n'a alors rien de transcendant, The Sesjun Radio Shows offre la trace d'un duo de haute voltige entre Bill et son contrebassiste ainsi que la première captation discographique avec le baron Toots Thielemans. Perle rare, on retrouve également dans ces enregistrements les premiers disques introuvables du trio avec le fameux batteur Eliot Zigmund, qui accompagna entre autres : Stan Getz, Lee Konitz et le pianiste français Michel Petrucciani.

A partir de 1979, Bill Evans comble difficilement le départ de Gomez avec une série de jeunes jazzmans dont le contrebassiste Marc Johnson et le batteur Joe LaBarbera et retrouve Toots Thielemans à l'harmonica lors de quelques enregistrements somptueux. 

Avec The Sesjun Radio Shows, le pianiste est très loin du trio  de 1961 [Evans/LaFaro/Montian] et n'a pas encore vraiment entrepris son formidable "chant du cygne" avec le trio de 1980 [Evans/Johnson/Labarbera], toujours au Village Vanguard. Toutefois, le travail passionné du producteur de radio hollandais Cees Schrama, qui s'est attelé à rassembler et à restaurer ces enregistrements avec une qualité remarquable mérite l'approbation de tous. Si ce témoignage de Bill Evans ne vaut pas ceux des trios cités, il n'en demeure pas moins qu'il est d'une rareté et du qualité renversante.

The Sesjun Radio Shows 


Bill Evans (p), Eddie Gomez (cb), Marc Johnson (b), Eliot Zigmund, Joe LaBabera (dm), Toots Thielmans (hca). Laren, Pays-Bas, 13 décembre 1973, 13 février 1975, 6 décembre 1979. 

The Sesjun Radio Shows délivre une production, totalement inédite de Bill Evans, restaurée avec qualité et passion


Par Mathieu Beaufrère

Clint & Kyle Eastwood: au service du Jazz

La semaine dernière nous dressions le portrait du fabuleux acteur, réalisateur et passionné de Jazz, Clint Eastwood. Parce que toutes les bonnes choses vont de paires, nous vous présentons aujourd'hui celui du fils, Kyle Eastwood, contrebassiste de jazz talentueusement paisible...






Seconde partie : Kyle Eastwood, tel père tel fils !



Naître un 19 mai 1968 à Los Angeles avec l'acteur le plus en vue du monde cinématographique pour père n'a rien d'une évidence. Entre deux tournages, le plus souvent de nuit au travers de la porte, Clint Eastwood jette un oeil sur son fils. Il ne peut guère se permettre plus. Les rôles s'enchaînent à toute vitesse avec Quand les aigles attaques qui lui permet de mettre un pied en Europe et le film musical La Kermesse de l'Ouest dans lequel le rôle principal est spécialement crée pour lui.  Les relations entre le père et le fils commencent mal. (Il n'en sera pas toujours ainsi !) Fils unique, Kyle grandit dans la majestueuse L.A. au milieu des autres enfants de stars hollywoodiennes. Alors que son père est l'incarnation à la fois du Cow Boy chevaleresque et du policier courageux, l'adolescent reste discret et humble. Il a déjà tout d'un Eastwood. Peu à peu le lien se tisse entre le père et le fils en dépit des absences à répétitions de Clint qui transmet ses passions les plus vives. Tout naturellement, Kyle envisage une carrière d'acteur et suit des cours de cinéma. Pourtant, sans crier garde, après quelques apparitions sur grand écran, le jeune homme se tourne vers une toute autre passion familiale... 

Le Jazz fera office de trait d'union  entre Kyle & Clint. Cet amour qu'ils entretiennent avec la musique c'est avant tout celui des souvenirs et des images. Celui d'une grand mère qui collectionnait les disques de jazz et de rythme & blues. Celui d'un père qui au sommet de son art initia son fils à la musique des années 40 & 50, au son de Duke Ellington, puis de Count Basie. Et surtout celui du jazzman Ray Brown toujours de passage dans la maison familiale ! Contrebassiste aguerri Kyle, réalise très rapidement les musiques de films de son père. Notamment Mystic River en 2003, Million Dollar Baby en 2004, Lettre d'Iwo Jima en 2006, Gran Torino en 2008 et Invictus en 2009. 

La quarantaine tout juste passée, Kyle Eastwood poursuit sa tranquille mais non moins exceptionnelle carrière. Il aura réussi à entretenir avec son père une relation passionnée et complémentaire, chose extrêmement rare chez les "fils de". Le contrebassiste avance à pas feutrés avec 5 albums depuis 1998, marqués par un son jazz cool époustouflant. Pour son dernier enregistrement Songs From The Château, Kyle a choisi le coeur du vignoble bordelais, non loin du festival Jazz in Marciac cher à son coeur. Le résultat est saisissant ! Chercher "une tonalité plus chaleureuse" voilà l'enjeu pour cet amoureux de la France qui présentait son travail la semaine dernière au Duc des Lombards, alors que Clint ressortait des cartons les bandes de Bird, avant de poursuivre son chemin à Carcassonne (le 29/7) et à Annecy (le 26/8).  Avec son flegme légendaire cet Eastwood fera date ! Par Mathieu Beaufrère